Truites et Pyrenees
Ce que j’aime dans la pêche c’est avant tout y être… Mais si en plus j’ai le sentiment de solitude au milieu d’un environnement préservé dont la simple vue inonde mon esprit de bien être… alors je suis simplement heureux ! Je cherche ce type de situation dans toutes les pêches que je pratique : carpe, leurre, mouche, rivière de plaine, torrent de montagne, lac de barrage… Et la nécessaire condition pour arriver à cela… Marcher, marcher plus et plus loin que les autres…
Ainsi, la pêche c’est avant tout un plaisir simple… Et je crois que c’est ce qu’il faut retenir… Maudits soient les méandres de la règlementation, les torrents d’incompétences ou les tempêtes de pollution qui s’abattent sur nos milieux aquatiques ! Aujourd’hui et comme j’aime le faire parfois, j’ai décidé de positiver… De prendre quelques minutes pour ne penser qu’au bonheur léger et futile d’un détecteur qui sonne, de l’arrêt franc de mon grub ou d’un gobage sur une sèche dérivant au grès du chaos hydraulique… Or il y a une région, ou plutôt un département, qui me donne satisfaction pour arriver à ces moments de grâce : les Hautes Pyrénées.
Disney Fish…
Il y a une certitude… même si les Pyrénées bénéficient d’une situation naturelle limitant l’impact humain, même si les dispositifs règlementaires et administratifs sont omniprésents pour protéger les différents sites… La marque de l’homme y est omniprésente… Le milieu naturel n’est qu’un phantasme de l’homme, même dans les Pyrénées. Il y est peut-être juste un peu moins fort. Cela vaut aussi pour la pêche bien sur. Le mythe de la truite sauvage des Pyrénées est une absurdité certaine. Il y a longtemps que cette magnifique région est alimentée par des tonnes d’alevinages massifs.

Les cristivomers ou ombles n’ont pas traversé l’atlantique à la nage, remonté l’Adour et les différents gaves pour squatter une partie des lacs d’altitude.
Et alors… Et bien oui, et alors !? Ne comptons pas sur l’homme pour préserver le milieu et trouver un équilibre « pseudo naturel » par le non interventionnisme. Cela est-il d’ailleurs rationnel de vouloir prôner un tel mode de gestion ? Je n’ai pas la réponse… La seule qui me vient à l’esprit c’est de dire que l’homme n’est pas antinaturel ! Nous n’arrivons pas de mars… nous avons autant le droit que les autres sur cette planète d’intervenir sur le milieu… le plus important c’est qu’il faut qu’on apprenne à faire des choses intelligentes… Là il y a plus de boulot !? Eviter les actions aux conséquences irrémédiables… Les technocrates appellent cela le développement durable… les indiens d’Amérique ne donnaient aucun nom… ils se contentaient de vivre de manière pérenne avec leur milieu…
Ainsi pour revenir à mes chères Pyrénées je dirai que depuis quelques années déjà nous sommes sur un mode de gestion qui consiste à balancer des bassines de poissons. Ce n’est pas plus intelligent qu’ailleurs, seulement ici le milieu réagi de tel manière, l’accès est tellement difficile, la nature tellement exigeante, la superposition de réserves, parcs ou milieux protégés suffisamment denses pour que l’on y trouve des eldorados !
Juste beau…
J’aime marcher pendant deux ou trois heures pour trouver des sites et des milieux quasi sauvages. Les lieux peuvent être fréquentés, mais on arrive toujours à tirer son épingle du jeu en marchant un peu plus, ou en se décalant franchement.

Ce qui est grisant c’est aussi le faible laps de temps dont nous disposons pour pratiquer notre passion… de mai à septembre… 5 petits mois. Moins la période hyper touristique du 14 juillet au 15 août, ou là même en marchant plus loin que les autres on arrive tout de même à une fréquentation qui personnellement me dérange. Ce n’est pas grave, la frustration c’est constructeur comme dirait ma mère…
Ici la pêche est un sport ! Marcher pendant 5 à 6h (aller/retour) pour pêcher juste 3h… Le poisson se mérite. Mais paradoxalement, ici plus qu’ailleurs le poids et les dimensions des prises est peu importante. Je ne dis pas que sortir une fario de 45cm ne décuple pas le bonheur, mais très sincèrement, c’est vraiment ici qu’on est le moins concentré sur ce genre de désir… La pêche et le bonheur débutent des les premières foulées le long des pentes. Le regard est tellement sollicité par le spectacle que la joie est déjà forte … C’est pour cela que sortir son premier poisson est une explosion d’adrénaline !

La moyenne des poissons est ridicule… faire un poisson de 30 cm représente ici un vrai challenge. Ce que je préfère c’est la transparence de l’eau, le bruit du torrent se fracassant contre les moraines glaciaires restaient longtemps après la disparition des glaces. J’aime les odeurs d’un printemps court et explosif. Entendre les marmottes siffler, apercevoir un rapace tourner, imaginer la vie piscicole durant l’hiver et s’extasier devant cette capacité extraordinaire à survivre dans un milieu aussi hostile et changeant.
Pour arriver à ce bonheur, l’homme continue à foutre du poisson… Mais parfois au grès de hasard ou de persévérance du milieu, il y a naturalisme ! Une espèce nous surprend par sa capacité non seulement à survivre mais aussi à se développer et créer des surprises tant vis-à-vis de la densité que de la beauté du poisson…
Je t’…
J’aime la montagne et encore plus ses petits poissons pointés de rouge, fragiles et solides à la fois… J’aime entendre mon cœur dans mes tempes devant les derniers mètres me séparant du miroir et me faisant insensiblement accélérer la marche. La nature est généreuse, la montagne est son œuvre majeure… Rendons-lui ce qu’elle nous offre sans compter. Ici encore plus qu’ailleurs relâchons le poisson après un joli combat qui ne doit être qu’une rencontre courte mais forte… comme une histoire d’amour, comme une passion dévorante...

Manu Norena.

